Conflits commerciaux, route de la soie et tout le reste

Phnom Penh, Cambodge

Au cours de la dernière année, les nouvelles en provenance de Chine qui ont influencé les marchés frontaliers portaient sur la guerre commerciale sino-américaine (dont j’ai examiné les répercussions dans des billets précédents) ou sur l’Initiative ceinture et route (ICR). Cette dernière, une entité au nom étrange, et ses répercussions potentielles sur les marchés mondiaux sont difficiles à comprendre pour de nombreux investisseurs mondiaux.

La Chine a récemment bouclé son deuxième forum annuel sur l’Initiative ceinture et route, à Beijing. Ce forum, qui a réuni 37 chefs d’État (dont 2 de l’Union européenne), a permis la signature de 173 accords de coopération avec 125 pays. Cet événement a été le point culminant d’une vaste stratégie de politique étrangère et économique amorcée en 2013 et axée sur 84 pays (un nombre qui continue d’augmenter). Le groupe de pays visé est composé à 75 % de pays appartenant à la catégorie des marchés frontaliers et à 40 % de pays asiatiques. Par conséquent, la stratégie de la Chine, multifacette et complexe, devrait avoir une incidence tant sur les marchés émergents que frontaliers.

Pour comprendre l’ICR, il faut selon moi adopter une vision historique et économique plus large. Du point de vue historique, l’ICR s’inscrit dans ce que l’on peut appeler le « retour » de la Chine au statut de pays développé, retour amorcé après la mort du président Mao, en 1972. De quoi s’agit-il, exactement? La Chine a une riche histoire qui s’étale sur plus de 5 000 ans, période durant laquelle elle a été un des pays les plus puissants du monde et a joué un rôle central dans le commerce mondial (notamment grâce à la fameuse Route de la soie), exerçant une influence directe sur une grande partie de l’Asie. Le XIXe siècle (voir le graphique 1) a été plus difficile (en Chine, cette période est connue sous le nom de « siècle de l’humiliation »), car la révolution culturelle et le Grand Bond en avant ont mené le pays au bord du gouffre. Après la mort de Mao et les politiques de Deng Xiaoping (dont les réformes économiques lui ont valu le titre d’homme de l’année, décerné par Time Magazine en 1977), la Chine a entrepris un « retour à la normale ».   

Graphique 1 – Part du PIB mondial depuis l’an 1000 (%)
Graphique linéaire reflétant les fluctuations du PIB mondial en tant que pourcentage pour les États-Unis, la Chine et la zone euro de l’an 1000 à 2015. Les changements pour la Chine sont décrits dans le paragraphe précédent.
Source : Angus Madison.

Du point de vue économique, il faut aller au-delà des manchettes lorsque nous analysons les flux d’investissements. Pour la plupart des investisseurs qui entendent parler de l’ICR, l’actualité tourne généralement autour des vastes projets d’infrastructures du gouvernement chinois (comme les centrales au charbon, graphique 2) dans les pays émergents et frontaliers, comme le Pakistan, le Sri Lanka ou la Malaisie. La plupart des projets sont considérés comme opaques et risqués pour les pays destinataires (certains projets ont été annulés en Malaisie, interrompus en Afrique et réévalués au Sri Lanka).

Graphique 2 – Capacité des projets de centrales au charbon actuellement financés par la Chine
Carte indiquant les pays où la Chine finançait des usines de charbon en 2018 et capacité des usines en megawatts. L’incidence de cet investissement est décrit dans le paragraphe précédent.
Source : Global Coal Plant Tracker (juillet 2018, Institute for Energy Economics and Financial Analysis).

Pour mieux comprendre ce retour à la normale opéré par la Chine par le biais de l’ICR, il nous faut analyser les flux de capitaux, qui incluent non seulement les dépenses en infrastructures, mais aussi les réactions des entreprises privées aux politiques qui encadrent l’ICR. L’investissement direct étranger (IDÉ) est probablement le meilleur indicateur à utiliser pour comprendre l’incidence de l’ICR sur les marchés frontaliers. Le tableau ci-dessous présente des données chiffrées sur les capitaux chinois investis à l’étranger et les catégorise par région destinataire et par utilisation prévue.

Tableau 1 : Investissements directs chinois à l’étranger en 2017

  Investissements directs privés Infrastructures Fusions-acquisitions mondiales
MD 25,9 % 8,7 % 75,5 %
Asie 44,8 % 40,0 % 12,8 %
Amérique latine 8,9 % 7,3 % 8,8 %
MO/Afrique 20,4 % 44,0 % 2,9 %

Source : Citibank.

On constate que la plupart des dépenses en infrastructures sont destinées au Moyen-Orient et à l’Afrique (principalement pour l’extraction de combustibles fossiles dans des pays comme l’Angola). On voit aussi que les capitaux des entreprises privées représentent près de 50 % des investissements destinés à l’Asie (particulièrement à l’Asie du Sud-Est). Cette tendance est alimentée par les sociétés chinoises qui financent de nouvelles usines dans les pays participant à l’ICR (principalement au Vietnam). Ces entreprises, qui se concentrent sur la fabrication légère (textiles, jouets, etc.), réagissent à la stratégie économique de l’ICR (p. ex., la Chine grimpe la chaîne de valeur, on met l’accent sur la robotique, l’aérospatiale, etc.). Le soutien du gouvernement est donc appelé à diminuer, tout comme les avantages liés à la relative faiblesse des coûts d’exploitation dans des pays comme le Bangladesh. La guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine n’a fait qu’accélérer cette tendance. À l’inverse, d’autres entreprises chinoises, qui cherchent à grimper dans la courbe de valeur, se sont lancées sur des marchés développés comme les États-Unis et l’Europe et ont acheté des sociétés pour acquérir des brevets, des technologies et d’autres types de propriété intellectuelle.

C’est pourquoi les meilleures occasions à saisir sur les marchés frontaliers résident selon moi dans certains pays spécifiques, comme le Vietnam et le Bangladesh, qui bénéficient de flux de capitaux privés. Sur ces marchés, les consommateurs devraient voir leurs revenus augmenter grâce aux emplois du secteur manufacturier, alors que les pays en question accroîtront leur part du marché des exportations. De plus, cette tendance est viable à moyen terme et long terme, car la Chine continuera de réaffirmer sa position au sein de l’économie mondiale.

Merci d’avoir lu ce billet.

Adam J. Kutas, CFA


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